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Le frigo est plein

Meriem Benmhamed : « Grâce au blog, les gens prennent en considération que je produis quelque chose »

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© Abdelhak Acim
📌 Eh toi, t'écris ?

Blogueuse culturelle depuis 2015, Meriem Benmhamed a investi ces dernières années le champ de l'événementiel. En plus d'occuper le poste de médiatrice au centre culturel le 18, dans l'ancienne médina de Marrakech, cette 
« boulimique de projets » peaufine depuis 2017 son propre concept. Le Blog'in Café lui permet d'échanger sur la culture et l'écriture, ses thématiques de prédilection, et de rencontrer la scène émergente des auteurs digitaux marocains.

Depuis 2015, vous animez le blog « Ecultur », dédié à l'information culturelle à Marrakech.  D'où est venue votre envie : d'écrire ou de parler de culture ?

« C'est un peu des deux. La culture m’a toujours passionnée [et] j’ai toujours aimé écrire, même avant ma licence en littérature française, et surtout m’exprimer dans [cette langue]. Maintenant, j’expérimente l’anglais que j’aime aussi ; l’arabe classique reste pour moi toujours difficile. En fait l’idée du blog Ecultur était de parler de ce que j’aime, de ce qui me passionne. [Il y a cinq ans], il y avait déjà des blogueurs, mais je trouvais que le domaine culturel était un peu oublié, ce qui n’est plus vraiment le cas maintenant. »

Pourquoi ce support ? 

« Le blog est venu dans un moment où j’avais envie de créer quelque chose. Je cherchais l’outil le plus accessible, le plus populaire, gratuit aussi. [La plateforme que j’ai choisie] permet à n’importe qui de créer son blog même sans avoir recours à un web master ou quelqu’un qui s’y connaît en informatique [...] Le blog est aussi un outil d’interaction avec le public, ce n’est pas comme un livre. »

Internet induit aussi une sorte d'immédiateté et une potentielle viralité, je pense notamment à l’agrégation de communautés autour des blogueurs. Intégrer la blogosphère vous a-t-il apporté une reconnaissance ?

« L’idée était de publier sur mon blog chaque lundi, afin de l’animer, de me créer une signature et de me donner une petite visibilité, disons. Il y a eu des partages, sur des pages Facebook, par des amis ou des connaissances, mais un résultat concret, non. 
Il est venu en postulant à des appels à projets intéressants pour moi [...] Lorsque [tu] mets dans [ta] candidature que [tu es] blogueuse culturelle, c'est là que les gens prennent en considération que tu produis quelque chose. Ça m’a donné davantage confiance en moi. C'est comme ça que j’ai pu postuler à une formation « cultural management training » d'un mois et demi au Goethe-Institut Berlin avec mon projet Blog’in café, retenu parmi une quinzaine de toute la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient. J’ai aussi fait une résidence de deux mois à La Cité du Mot à La Charité-sur-Loire en France en tant que blogueuse et conceptrice des événements Blog’in café.
[...] Toutes ces circonstances m’ont fait comprendre qu’avant le blogging j'étais une personne et qu'après j'en suis devenue une autre. Je suis invitée à des rencontres, des gens me demandent conseil même si je suis une blogueuse de petite taille. Je l’ai toujours dit, je ne suis pas une influenceuse, je n’ai pas beaucoup de followers. Je suis peut-être connue localement et surtout dans [mon] domaine [...] mais le fait d’être dans le milieu culturel me donne une forme de légitimité auprès de ceux qui me connaissent. »

Privilégiez-vous une forme d'écriture en particulier et que cela vous apporte-t-il ?

« Jusqu’à maintenant, c'est la rédaction d’article qui me passionne. Quand j’écris, c’est toujours un article [...] Écrire te permet d’être lu et donc d’exister, même si ce n’est pas tout de suite. L’article ou le blog restent après, on peut encore te découvrir, c’est une sorte d’archive aussi. 
L'écriture me permet de me découvrir moi-même et de découvrir la personne que je suis en train d’interviewer [...] Il y a toujours un travail de recherche derrière et d’investigation, c’est ce qui est intéressant. J’aime l’écriture. J’aurais aimé devenir journaliste, peut-être que le blog m’a permis d’approcher ça. Là, c’est cool, j’ai cette liberté de produire n’importe quand, de ne pas avoir cette contrainte. Quand quelqu’un m’intéresse, un artiste, un événement, je peux faire un papier là-dessus. L’idée du blog c’est ça aussi. »

Avec le Blog'in café, que vous développez cette année en partenariat avec l'Institut français de Marrakech, vous êtes passée de l'écriture à la rencontre en chair et en os. Avez-vous pensé ce projet dans une forme de continuité ?

« Pour moi, il y a un lien, celui de mes différentes casquettes, mais créer cet événement a été une idée spontanée. On n’a pas d’événement qui englobe comme ça les auteurs émergents. Le Blog’in café n’est pas un café littéraire ! J’invite surtout des « jeunes », blogueurs, auteurs digitaux, émergents, mais aussi des acteurs culturels pour parler culture à l’heure du digital, car moi-même j’en suis une. En fait, à travers ce projet, j’avais envie de découvrir de nouvelles personnes et d’avoir un rendez-vous mensuel, un public intéressé. L’invité est à chaque fois différent avec un nouveau sujet [chronique, écriture créative, monde de l’édition, industries culturelles, etc., ndlr]. C’est un projet pour donner envie aux gens d’écrire : en parallèle c’est aussi un workshop qui dépend de ce que l'invité propose. Je trouve qu'il y a un manque dans l’offre d’ateliers d’écriture abordables financièrement, notamment pour les jeunes. »

Et est-ce facile, alors, de « donner envie aux gens d'écrire » ?

« Les gens sont d’abord venus par curiosité, mais ils s’intéressent maintenant, parfois ils reviennent […] mais l’écriture n’est pas notre fort en général […] Lorsqu’on parle d’écriture, les gens sont hésitants, ils ne savent même pas de quoi il s’agit. Ils ont peur de venir, d’écrire quelque chose, alors je leur dit : « On le fait juste pour le fun ! ». Ce n’est pas un cours académique, c’est une initiation à des formes d’écritures différentes. »

Selon vous le numérique est-il un moyen efficace de démystifier l'acte d'écriture ?

« Les gens n’écrivent plus au stylo, ils ont l’habitude d’écrire sur leur téléphone, ils maîtrisent l’outil, mais je ne sais pas si cela va démystifier le fait d’écrire. L’écriture est toujours difficile même pour un écrivain, la peur de la page blanche, de ne pas être au niveau. Sur un blog tu as des articles que tu aimes plus que d’autres, des coups de cœur, de beaux textes. L'écriture, ce sont des hauts et des bas.
Je pense que nous devons encourager les jeunes à écrire plus. On dit lire, mais c'est aussi écrire [...] La contrainte est différente quand tu écris et que tu as le temps. Le blog peut être un bon exercice, comme quelqu’un qui s’entraînerait chaque jour, chaque semaine. »

Pourquoi avoir choisi comme axe les écritures numériques ?

« Au début ce n'était pas ma priorité. Je voulais parler de toutes les écritures. C'est vraiment le lien. L’idée du numériques est venu avec [les retours] de pas mal de gens de cultures et mentalités différentes, ce qui fait que le projet a évolué [...] C’est ça aussi la culture : tu créés quelque chose et les échanges peuvent affiner la forme. Ce n’est jamais fini. J’espère que le projet va vivre le plus longtemps possible mais je ne sais pas comment il va se développer [...] L'essentiel pour moi est de créer un projet pour faire la différence. J’aime quand les gens trouvent que mes invités sont intéressants. Quand il y a une bonne interaction, c’est rassurant. »

Au-delà du blog, avez-vous déjà essayé d'autres formes d'écriture ?

« Avec le confinement, je pense au podcast, qui est aussi un exercice d’écriture. Le podcast a un charme, à mes yeux plus que la vidéo. Je ne me sens pas comme cette blogueuse qui s’affiche, je ne veux pas être partout. Avoir un bon contenu c’est ce que je cherche à travers l’écriture. »
 

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