I O P R E S S E

Le frigo est plein

© IOPlume

Ce qui fait la plume – ce journaliste qui, en plus d’informer son lecteur, lui procurera une expérience de lecture agréable –, c’est, entre autres, la capacité à faire que « ça sonne bien ».

Bien sûr, et c’est une habitude de l’écrire ici, pas question de sacrifier la clarté au style. L’écriture journalistique colle à certains canons, comme répondre aux 5W, utiliser plutôt des phrases courtes et pertinentes au regard de l’information apportée. Il convient de respecter ces codes. 

Mais qui ne s’est jamais réjoui d’une pointe de lyrisme, d’un phrasé un peu enlevé qui fait dire au lecteur : « Waouh, la claque » ?

S’ouvrir à d’autres formes d’écriture

On a beau savoir, et s’entendre dire, que le journalisme n’est pas de la littérature, si le fond et la forme se rencontrent, c’est quand même plus sympa pour tout le monde. À rester d’un seul côté de la barrière, un rédacteur ne risque pas de voir son style évoluer.

Aussi, le conseil est d’élargir ses horizons de lecture. Lire beaucoup et lire varié fait de nous de meilleurs auteurs. On découvre de nouveaux mots, en dépoussière certains que l’on avait oubliés et appréhende de nouvelles façons de les assembler. Littérature, paroles de chansons, poésie (y compris les haïkus)… tout est bon !

Allons voir justement du côté des paroliers. Plusieurs sites internet proposent des astuces pour écrire de jolis textes ou préviennent des écueils à éviter. Vous admettrez qu’en matière de chanson, mieux vaux miser quelques deniers sur la musicalité !

Allitération, oui ou non ?

Tous les conseils ne sont pas adaptés à la presse écrite qui a rarement vocation à être mise en voix. Je retiendrais pourtant quelques points :

  • inverser les mots : quand cela ne sonne pas dans un sens, peut-être cela fonctionnera-t-il mieux dans l’autre ? Et si ce n’est pas le cas, trouvez-en un autre,
  • prendre les mots en bouche, c’est-à-dire lire son texte à haute voix (voir plus bas).

J’émets en revanche plus de réserve sur le point concernant l’usage de l’allitération, soit la répétition maîtrisée d’une même consonne.

↪️ Quand des consonnes en boucle se collent et s’entrechoquent, le lecteur accroche ou n’accroche pas. C’est son choix.

Si l'allitération est déconseillée aux apprentis paroliers, dans un article elle peut venir rythmer, syncoper la phrase.

D’autres figures de style, telle l’anaphore ou certaines métaphores, peuvent elles aussi avoir un intérêt pour donner à entendre un texte.

La description témoigne également de ses vertus :

« L’air immobile porte au loin les sons rares. Une musique de bronze accompagne les sabots muets et les voitures sans roues. » 
Colette – Les enfants dans la neige, Le Matin, 1924 (Colette journaliste chez Libretto)

Une affaire de précision

Choisir le bon mot amène souvent à trouver la bonne sonorité. Les approximations lexicales que peut renfermer une phrase brisent son harmonie. Le vocabulaire, c’est de l’orfèvrerie. Retour à la recommandation de nos amis paroliers : le dictionnaire des synonymes est un allié !

La précision (sur laquelle je reviendrai dans un prochain article) permet de rester concentré sur son idée et d’éviter de parasiter à la fois la musique, le sens et la clarté de l’article en laissant traîner des mots superflus. Bref, cela apporte davantage de justesse.

Phrases courtes ou longues, le dilemme

Sujet – verbe – complément : c’est la formule magique pour un message clair. Simplifier son style se révèle un très bon moyen pour éviter de s’empêtrer, mais les principes sont faits pour s’asseoir (un peu) dessus.

Ne rédiger que des phrases à la limite du style télégraphique passe dans un article court. À la longue, le lecteur peut s’ennuyer.

« Musicalement », l’alternance fonctionne bien. Quelques phrases contenues, puis pour « enlever » le style, une phrase plus longue, plus sinueuse par laquelle le lecteur se laisserait porter. Ou alors, le cheminement inverse : après une succession de locutions « rassasiantes » (parfois, impossible d’y échapper), un style plus haché occasionne une respiration, redonne du souffle.

Pour vous aider, imaginez le changement de rythme d’un métronome.

Lire à voix haute

J’ai l’impression de finir chaque article par ce conseil. Sans doute parce qu’il s’agit d’une des meilleures astuces que m’ait suggérées l’un de mes professeurs de journalisme : lire à voix haute son article. Parfois même, le déclamer.

Outre le fait qu’il est assez libérateur d’évacuer oralement ce texte qui tournicote dans notre tête depuis des heures, voire des jours, entendre sa prose est vraiment d’une aide précieuse (les journalistes de radio et télé le savent bien).

Cela permet à l’auteur d’écouter comment son texte résonne. De repérer quel agencement de mots ou de phrases fonctionne ou non, de rayer les termes inutiles, de préciser une idée, de revoir un rythme.

Cela lui fait également prendre de la hauteur, sortir la tête du guidon : le sens est-il toujours bien là ? Le rédacteur qui perd le fil de son article perdra probablement aussi le lecteur.

Pour résumer, les mots, en presse écrite, se lisent, mais quelque part, ils s’entendent aussi.
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