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Le frigo est plein

Jean-Baptiste Diebold : « Comprendre sa singularité permet de garder sa motivation »

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Jean-Baptiste Diebold a été journaliste pendant quinze ans, dont dix à Challenges où il traitait essentiellement des médias et des nouvelles technologies. L’entrepreneuriat, il y est venu en douceur certes, mais en mode sur-motivé. 
Fin 2017, il créé la plateforme Ginkio, un système de porte-folio pour les journalistes et les auteurs. 
Dans cette première partie, nous parlons de maîtriser sa carrière, de présence en ligne et de recrutement dans les médias. [1/2]

 

Quel est votre parcours avant Ginkio ?

« J’ai été journaliste économique pendant dix ans à Challenges. J’ai quitté le magazine en 2015, parce que je voulais explorer de nouveaux territoires.
D’abord, ça a été l’audiovisuel, la télé en particulier. J’avais une première expérience d’une chronique éco sur LCP, mais aussi, quand j’étais à Challenges, de créer une émission web. Je sentais que la télé permet un mode d’information grand public qui m’intéressait. Donc pendant un an, j’ai été rédacteur en chef d’une émission de décryptage des médias pour les ados, sur France 4. J’ai sillonné la France, on faisait chaque semaine une émission dans une région différente. Ça prenait la forme d’une co-construction avec [des] classes de collège, où l’idée était de comprendre les sujets qui les intéressaient par rapport aux écrans en général.
Ensuite, j’ai fait deux grands documentaires sur France 5, pour l’émission Le Monde en face.
Progressivement, j’ai mûri mes réflexions entrepreneuriales et c’est comme ça que fin 2017, j’ai créé la plateforme Ginkio avec deux associés – un développeur et un designer. »

À partir de quels besoins est née Ginkio ?

« Il y avait deux choses. Un besoin très très concret : qu’est-ce qu’on trouve sur moi quand on tape mon nom dans Google et cette frustration de ne pas avoir de vitrine pertinente. Comme beaucoup de journalistes, j'utilisais Twitter comme vitrine professionnelle, mais c’est un flux et donc ça ne faisait pas ressortir ce que je considérais être mes meilleures réalisations. Finalement, les choses dont j’étais le plus fier n’étaient pas du tout visibles. Il y a un vrai sujet qui est qu’on a toujours l’impression que le web garde tout. En fait, ça disparaît très vite. Quand on fait l’exercice d’aller chercher des choses qu’on a publiées il y a plus de cinq ans, c’est extrêmement difficile de les retrouver. 
Notre idée, c’est sous forme de porte-folio, qui est comme un mini-site, de répondre à ce double besoin de maîtriser son image et de prendre le réflexe, sur quelques productions un peu phares, de les garder.
Et puis, il y a la philosophie qui est derrière et qui répond, à mon sens, à un autre besoin, peut-être plus profond, qui est de se sentir en contrôle sur [sa] carrière, [sa] vie professionnelle. On parle beaucoup de tout ce qui disparaît parce que quand on est journaliste, qu’on travaille dans les médias, on entend parler de plans de départ... alors qu’en même temps plein de nouvelles choses se créent : nouveaux médias, formats, possibilités. 
L’idée était de se sentir plus proactif dans sa carrière, donc la visibilité devenait la première étape qui consiste aussi à identifier, comprendre ce qui fait sa propre singularité car c’est là-dessus qu’on va construire, avancer, garder sa motivation. »

L’équipe de Ginkio accompagne-t-elle les journalistes dans cette quête de singularité à l’heure où l’injonction au brand marketing atteints aussi cette profession ?

« J’ai fait le boulot d’aller voir ce qui se fait dans le monde du coaching, d’essayer de comprendre ce qui avait du sens, notamment dans ce type de métier. Par exemple, quand on a des spécialités, il est plus facile de gérer son temps, on est reconnu, on pense à vous... On peut aussi choisir des choses qui ont plus de sens pour soi, même si l’on ne fait pas que ça, et du coup mieux gérer sa motivation. Au bout d’un moment, dans ce monde quand même concurrentiel et difficile, des gens la perdent parce qu’ils ne font que des choses alimentaires, alors que c’est un métier de passion.
Au début de Ginkio, j’ai créé un module qu’on propose dans les écoles de journalisme. Sur la plateforme [dans l’onglet formation au niveau du pied-de-page, ndlr], on en trouve une déclinaison sous forme d’un petit programme que l’on peut suivre gratuitement pendant une semaine, avec un conseil par mail pendant sept jours. Une centaine de personnes l’ont fait depuis le début. »

Aujourd’hui, votre communauté a-t-elle atteint une jauge significative et son rythme de croisière ?

« On a dépassé, cet été, les 2 000 inscrits. C’était déjà, pour nous, une belle étape. On n’a jamais fait de pub, le bouche-à-oreille fonctionne hyper bien. On s’aperçoit que ça marche vraiment tout seul maintenant auprès des jeunes journalistes, tous ceux qui sont étudiants ou jeunes diplômés nous connaissent, partout en France. Je trouve ça plutôt cool et normal que les jeunes nous adoptent, ils voient tout de suite le besoin, c’est naturel. Peut-être que l’étape qu’il faudrait qu’on arrive à franchir, le défi, c’est de faire comprendre que ce n’est pas qu'un outil pour les journalistes de 25 ans. Ce sont vraiment de problématiques qui concernent tout le monde. »

Initialement, Ginko s’adressait également aux médias, sur la question du recrutement. Qu’en est-il de cet aspect ?

« Depuis le début de la crise sanitaire, j’ai décidé de mettre un peu de côté la question du recrutement, à cause de la difficulté de faire passer le message. Je vois que c’est un processus très long, [bien que] les choses bougent. Il y a trois ans, quand on disait de publier des offres, ce n’était pas du tout compréhensible, maintenant tout le monde ou presque [le fait]. Pas mal de choses se sont passées, de questions ont émergé, par exemple au moment de l’affaire de la Ligue du LOL. La question de la représentativité, de la diversité a aussi avancé, ça c’est super positif.
[Mais] ce que je constate, c’est qu’à l’étape où nous en sommes, que ce soit les grands médias ou les petits qui se créent, ils préfèrent construire leur propre système de candidatures. L’idée d’être tous au même endroit n’est pas du tout mûre. Ce que ne comprennent pas tous ces gens qui publient eux-mêmes leur propres annonces, c’est qu’ils se contentent de ne toucher que ceux qui les connaissent déjà. Je pense que ça viendra, ça avance avec les usages. »

Comment expliquez-vous que le recrutement reste sous-estimé par les entreprises de presse ?

« Je pense qu’il y a malheureusement plusieurs facteurs convergents. Le premier, c’est que les médias pensent que leur problème est uniquement l’argent, le modèle économique et se disent que tous les autres sujets sont accessoires. Or, je suis intimement persuadé que c’est aussi par vos équipes que vous faites émerger de nouvelles idées, de nouveaux modèles. Pour moi, c’est une espèce d’angle mort.
Le deuxième, un peu lié, c’est que tout le monde arrive à s’auto-intoxiquer sur le fait que les médias ne font que détruire des emplois. J’ai recensé les offres à chaque fois que j’en voyais : il y en a tous les jours. Ce ne sont pas forcément celles que l’on voudrait, mais je pense qu’à un moment les médias devront accepter de se dire qu’ils créent des emplois.
Le troisième point, aussi une auto-intoxication, c’est de se dire : « On a déjà tellement de candidats, on ne va pas s’en rajouter ». C’est délétère pour plein de raisons. Ces médias ont une attitude hyper défensive. Ils ne devraient pas juste aller chercher la première personne qui passe, mais la bonne personne, donc [avoir] une stratégie. Pourquoi ils font ça ? Parce qu’aujourd’hui le processus est artisanal donc il y a cette impression extrêmement désagréable d’un flot de candidatures ingérables. En fait, il faut un outil.
Enfin, dans les grandes rédactions, vous avez les ressources humaines qui s’occupent peu ou mal des journalistes et vous avez des rédacteurs en chef qui s’occupent, du coup, du recrutement sans formation RH. D’un côté ou de l’autre, cela fait des dégâts. »

L'interview de Jean-Baptiste Diebold vous a captivé.e ? N'en manquez pas la seconde partie.
 

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