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Le frigo est plein

Jean-Baptiste Diebold : « Il est crucial d’identifier sa base d’utilisateurs et d’être en affinité avec eux »

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Jean-Baptiste Diebold a été journaliste pendant quinze ans, dont dix à Challenges où il traitait essentiellement des médias et des nouvelles technologies. L’entrepreneuriat, il y est venu en douceur certes, mais sur-motivé. Fin 2017, il créé la plateforme Ginkio, un système de porte-folio pour les journalistes et les auteurs. Aujourd’hui, la suite s’intitule Topics. 
Dans ce second volet d’interview, l’entrepreneur partage son expérience et ses conseils. Avis aux porteur-euses de projets ! [2/2]

Qu’est-ce que Topics, le nouveau-né de la famille Ginkio ?

« Il se trouve que comme nous avons mis l’activité de recrutement en sommeil [interview - partie 1], nous avons décidé de lancer une nouvelle plateforme : Topics. Ce qui nous permet, à l’aune de notre expérience, d’avancer plus vite et mieux qu’il y a trois ans.

Là, l’idée, c’est de proposer aux journalistes, auteurs et podcasteurs de se créer une newsletter soutenue par leur communauté et donc de se créer un nouveau revenu. C’est un mélange entre Tipeee et MailChimp. On part du constat que la newsletter est un excellent canal pour envoyer des infos sans passer par les réseaux sociaux et que pour les journalistes qui sont spécialisés ou qui ont un podcast, leurs communautés ont envie de les soutenir parce qu’ils ne sont pas dans les grands médias.

On a commencé à construire cette plateforme cet été, elle commence à être fonctionnelle. Tout est intégré et en cinq clics c’est créé. Elle s’adresse vraiment à des gens qui n’ont pas envie de se plonger dans des outils complexes.

Ce que nous on va apporter c’est l’accompagnement, la communauté – pourquoi pas aller vers de l’entraide ou de la discussion entre journalistes ? Et puis, aussi, tout simplement, [offrir une possibilité supplémentaire de se faire découvrir] par la grand public. »

Que conseiller à ceux qui souhaiteraient se lancer dans la création d’une plateforme et quelles leçons avez-vous tirées de votre expérience ?

« Je dirais, première étape : identifier les utilisateurs pionniers, ceux qui sont les plus à même d’adopter très vite le service.

Ensuite, créer un petit groupe d’utilisateurs, que l’on va accompagner, avec lequel on va vraiment être en proximité, avec cette idée de co-construction, d’apporter du soutien, des conseils… Et, à partir de ça, être capable de sentir très vite quoi ils ont besoin et de s’y concentrer.

Nous, dans cette démarche de ciblage, on se rend compte que cet outil pourrait aussi être utile à de jeunes médias, qu’il faudrait qu’on puisse le tester et faire cet exercice à nouveau, pour [aboutir peut-être] à deux typologies d’utilisateurs.

Le plus difficile avec une plateforme, quand on ne part pas avec les moyens de Facebook et de Twitter, c’est que potentiellement on vise des publics énormes, mais il est crucial d’identifier sa première base et d’être en affinité avec elle et, ensuite, d’arriver à trouver un modèle qui soit pertinent, par exemple de revenu.

Nous, en l’occurrence, tant que ça ne rapporte rien aux auteurs, ça ne leur coûte rien. Une fois que ça commence à leur rapporter un petit revenu, on prend juste une petite commission. Faire un service payant c’est très compliqué mais l’idée de la commission a paru plus équitable et un bon système quand on l’a testée avec nos premiers utilisateurs. »

Vivez-vous de l’activité générée par Ginkio ?

« Non, Ginkio ne me le permet pas. Je vis actuellement essentiellement d’interventions dans les écoles de journalisme et de projets comme auteur (podcasts, documentaires). »

Pour lancer Ginkio, vous êtes passés par un programme d’incubation : est-ce incontournable ?

« Je dirais que ce qui l’est, c’est de se faire accompagner d’une manière ou d’une autre. Il existe plein de programmes de toutes sortes et c’est vraiment un gain de temps. Ce sont des rencontres aussi. Avec les autres start-ups et projets [du programme d’incubation], on a noué des liens, on s’entraide. Même plus que les outils, c’est vraiment le fait d’être à plusieurs. Un projet, c’est les montagnes russes, c’est difficile, donc c’est hyper important. Et quand on doit demander des financements, on a beaucoup besoin de ressources.

[Mais] c’est important de trouver le programme avec lequel vous êtes en adéquation, car rapidement on se retrouve entouré de gens qui donne des conseils et avec qui on n’est pas forcément sur la même longueur d’onde. C’est un mélange assez subtil de savoir écouter les conseils et de se faire confiance. »

Qu’est-ce que cette aventure vous apporte et vous apprend ?

« Je dirais un nombre de rencontres incroyables ! Et aussi de pouvoir tester plein de choses dont on aurait pas forcément eu l’idée. Quand j’ai quitté Challenges, j’avais l’envie d’élargir mes horizons... 

Comment on passe du rôle de journaliste, focalisé sur son travail de reportage, de rédaction, à celui de gestionnaire ? Est-ce compliqué ?

« Comme j'étais non seulement journaliste économique, mais aussi qui écrivait sur les médias et les nouveaux médias, j'avais énormément réfléchi sur les modèles économiques. De ce point de vue là, j'étais dans la continuité, voire la conséquence, plutôt que dans une rupture. 

Après, il y a le côté purement gestionnaire : c'est sûr que le rêve, c'est de se dire qu'il faut que ça marche suffisamment bien pour que quelqu'un d'autre puisse le faire [rire]. Ce n'est pas cette partie qui me motive.

Au final, la transition pour moi a été plutôt facile car j'étais très motivé, mais j’ai eu conscience assez tôt qu’il fallait que je préserve mon côté journaliste. C’est pour cela que j’ai créé le podcast [A Parte, sur l'innovation média, ndlr] il y a deux ans, ça a été ma manière de préserver cette part de moi. »

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