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Le frigo est plein

Pigiste… mais pas seul

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📌 Parfois choisi, de plus en plus subi, le mode de rémunération à la pige comporte de nombreuses spécificités, qu'il s'agisse d'organisation du travail, de place dans les rédactions ou encore de droits.

Solitude, difficulté à comprendre tout ses droits et à y accéder parce qu’en dehors des cases, fluctuation des collaborations et des revenus… Pour les journalistes rémunérés à la pige, l’indépendance se révèle bien souvent coûteuse.

Même si, in fine, le journaliste se retrouve en général seul devant ses notes et son clavier, des solutions existent pour éviter l’isolement.

Connaître ses droits pour travailler sereinement

Avoir conscience et surtout comprendre ses droits n’est pas toujours aisé. Cela peut être vécu comme un indémêlable imbroglio tant par les journalistes à la pige que par des agents administratifs et des institutions pas toujours rodées à traiter ce type de dossiers.

Conquérir de nouveaux droits, mais aussi aider les travailleurs à faire appliquer l’existant font partie des missions des syndicats de journalistes.

« Je suis présente dès qu’il s’agir d’évoquer les pigistes face à différents organismes », affirme Myriam Guillemaud-Silenko, co-secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), elle-même pigiste. « L’expérience et la connaissance des problématiques pèsent dans ces discussions. »

L’action de l’organisme et plus largement de l'intersyndicale a, par exemple, permis deux victoires récentes, obtenues sous forme de décrets-lois sur le chômage partiel et l’indemnisation par la Sécurité sociale en cas de maladie ou de maternité.

Pour répondre aux interrogations des professionnels, le pôle pigistes, que coordonne Myriam, est activement présent sur Facebook à travers « une page devenue une référence sur les droits des pigistes, aussi bien pour les journalistes que pour les employeurs ou des organismes extérieurs comme la Sécurité sociale ou Pôle emploi », indique-t-elle encore.

Ils peuvent également adresser leurs questions par mail (polepigistes@snj.fr). Quand plusieurs journalistes rencontrent la même situation, une réunion vidéo peut être proposée afin de « s’organiser ensemble. Je suis convaincue que le droit des pigistes passe par le collectif. Être organisé donne plus de poids ». 

En outre, une permanence juridique dispense des conseils à tous.

La CFDT-Journalistes offre elle aussi ce type de soutien. Progressivement mis en place depuis 2015, le pôle dédié aux journalistes à la pige essaye lui aussi de fédérer les quelque 600 adhérents de la branche autour des droits de ces salariés payés à la tâche. 

L'un des chantiers est notamment de sensibiliser les élus syndicaux, titulaires dans des rédactions, aux spécificités de ce mode d’exercice.

Après la promulgation du décret sur le chômage partiel, « nous avons proposé un décryptage et une calculatrice en ligne [pour simuler] ses droits », précise Élise Descamps, coordinatrice du pôle pigistes CFDT.

« Ce groupe comporte plein de profils différents. Cela permet de croiser les expériences de chacun », souligne Aline Fontaine, une membre active.

« Pendant mon parcours professionnel, j’ai eu plusieurs désillusions, notamment en 2014 lorsque mes employeurs ont baissé mon salaire sans me prévenir. J’ai cherché des délégués syndicaux et je me suis aperçue qu’il n’y avait pas de pigistes syndiqués et qu’il était donc plus facile de couper dans nos droits », reprend-elle.

Elle décide de se syndiquer après une nouvelle déconvenue et peu de temps avant son retour d’expatriation en Roumanie. « Cela apporte pour connaître ses droits. Nous échangeons beaucoup et à force, nous trouvons de plus en plus facilement les réponses à nos problèmes. Même à petits pas, cet engagement bénéficiera à un grand nombre. » La journaliste aimerait notamment faire progresser la protection sociale des pigistes à l’étranger.

Évoluer dans ce réseau confère aussi à Aline un sentiment accru d’appartenance à la profession en général et « aux rédactions avec lesquelles je travaille » en particulier. « Il est possible d’intégrer les instances d’une entreprise, d’être délégué syndical et de participer autant que les journalistes titulaires », se réjouit-elle.

« Piger » ensemble

En effet, un sentiment de solitude a parfois pesé sur ses années de piges, surtout à l’étranger. « Avant de partir en Roumanie, lorsque j’étais en CDD, j’allais dans les rédactions, à l’étranger j’étais vraiment isolée. »

Elle pointe la distance avec les commanditaires qui fait que « l’on se sent parfois oublié » et contribue à affaiblir la motivation.

Sa vie en dehors de la capitale ne lui facilite pas non plus la tâche. « Il était d’autant plus difficile de me lier avec les autres journalistes ou les expatriés. » Elle nuance cependant : « La solidarité entre pigistes, même de différents pays, existe. Personnellement, j’avais créé de petits groupes entre pigistes des médias pour lesquels je travaillais. C’était virtuel mais cela permettait tout de même d’échanger sur nos conditions ».

L’isolement, pas forcément besoin de partir à l’autre bout du monde pour le ressentir. C’est aussi le lot de nombreux journalistes à la pige sur leur propre sol.

Pour pallier cette absence d’interaction avec les pairs, des collectifs de journalistes pigistes fleurissent depuis quelques années. 

« La vie de mercenaire du journalisme a ses défauts. La solitude et l’isolement en sont les premiers. N’avoir personne à qui soumettre ses idées de sujets, ses doutes, ses déceptions face à un refus de synopsis ou pire, à une absence de réponse, ses joies lorsqu’elles sont acceptées. Mais aussi les problèmes administratifs dus à un statut hors des cases », énumèrent ainsi dans leur présentation les membres du collectif La Fourmilière. Les collectifs sont aussi une réponse à des questions pragmatiques : partager le loyer d’un bureau, des projets, de la visibilité, des débouchés...

Regrouper les pigistes, c’est également la mission que s’est donnée l’association Profession : pigiste. Créée en 2000, elle propose régulièrement des « apéros-pigistes » thématiques, un groupe Facebook sur lequel échanger et organise annuellement les 48h de la pige. Son site internet propose différentes ressources, utiles au quotidien de pigiste.

« Ne pas travailler seul est précieux », reprend Myriam, du SNJ. Aussi, l’un des premiers conseils est de se rapprocher des réseaux existants. « C’est sans doute un peu plus compliqué en Province, mais il y en a à créer autrement. »

Elle rappelle aussi qu’exiger d’être payé en salaire est fondamental, tout comme essayer de parler d’une seule voix face aux employeurs.

Pour Aline, il ne faut pas « hésiter à rejoindre les clubs de la presse, présents dans de nombreux départements en France, ou une association quand on est à l’étranger. J’allais souvent y travailler, cela me permettait de côtoyer d’autres membres ». 

Désormais embauchée dans une rédaction à mi-temps afin de conserver la liberté de travailler sur des projets plus personnels, elle ajoute : « Être à la pige à 100 % n’est pas facile. C’est super quand ça marche, mais il peut y avoir de longues périodes d’incertitude. C’est épuisant financièrement et mentalement. Si on trouve une stabilité à côté, il ne faut pas en avoir honte. Cela permet aussi de mettre plus d’énergie dans ses projets ».

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