I O P R E S S E

Le frigo est plein

La formulation ressemble à un nom de ligue de super-héros ou à une incantation ésotérique, selon la sensibilité de chacun, mais les « 5W » n'ont vraiment rien de sorcier. Surtout, ils sont, selon moi, un outil inoxydable en matière de rédaction.

L'essentiel de l'info

Les « 5W » correspondent tout simplement aux cinq questions suivantes :

  • qui - who ?
  • quoi - what ?
  • quand - where ?
  • où - when ?
  • pourquoi - why ?

Les réponses à ces interrogations constituent l'essentiel de l'information que doit contenir chaque article. Le reste du papier précise les faits et le contexte ou colore le récit. 

Pour comprendre, il suffit de prendre exemple sur les dépêches d'agences, comme l'Agence France Presse, dont la longueur oblige à l'économie. Celle-ci vient du site internet de Reuters :

« VERSAILLES (Reuters) - La cour d’appel de Versailles rendra sa décision au sujet de l’appel d’Amazon concernant la restriction de son activité en France en raison de l’épidémie de coronavirus vendredi 24 avril à 14h00, a annoncé mardi la présidente de cette juridiction, Isabelle Chesnot, à l’issue d’une audience sur ce dossier. 

Cet appel concerne la décision du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui a imposé la semaine dernière au géant américain du commerce en ligne de se limiter aux produits d’alimentation, d’hygiène et de santé le temps d’évaluer les conditions de sécurité pour ses salariés dans ses entrepôts. »

La première partie du texte répond bien aux « 5W ». Quant à la seconde, elle répond à la question « pourquoi ? », souvent considérée comme le sixième « w » bien que l'initiale ne colle pas.

Un automatisme pour éviter les oublis

Si cette règle s'applique de fait aux journalistes, à qui elle est enseignée dès les premières séances d'écriture, elle est aussi valable pour les rédacteurs web. Les novices auraient tort de la négliger et les professionnels aguerris, de la remiser au placard des acquis. 

Pourquoi ? D'abord parce que les « 5W » prémunissent assez solidement contre l'oubli. Il est fréquent, lorsque l'on débute, d'omettre la date d'un évènement, surtout s'il s'agit d'une actu secondaire (ici, l'expérience parle). Cela peut encore arriver plus tard, lorsque la confiance en sa plume émousse la vigilance. 

L'indispensable étape de relecture permet de vérifier que chacune des cinq (ou six) questions est renseignée et, à force d'assiduité et de rigueur, l'application deviendra quasi-automatique.

Faire passer le message

Autre vertu des « 5W » : la clarté. Dans la presse comme dans le marketing, l'important est de faire passer l'information, même si celle-ci a, selon les supports, des visées différentes, bien sûr.

Quoi de mieux qu'un message limpide pour communiquer efficacement ? Les « 5W » permettent cela.

En journalisme, vérifier que ces questions trouvent réponse revient à s'assurer que le lecteur accédera au moins au socle élémentaire pour connaître ou comprendre l'information transmise. Cela ne signifie pas que tous les articles doivent ressembler à des dépêches, mais simplement que sans ces « basiques », ils se révéleront bancals. 

En rédaction web, la clarté est une valeur cardinale. Le lecteur cherche une réponse précise, souvent pratique et concrète, à une problématique ou à un besoin. L'article doit les lui apporter. Si le rédacteur peut, selon le sujet, contourner le « where », voire le « when », les trois (ou quatre) autres sont inévitables. Les « 5W » peuvent servir de colonne vertébrale  à l'article, qu'il conviendra ensuite d'habiller.

Cibler le temps de concentration du lecteur

Si la clarté permet, en quelque sorte, d'offrir au lecteur un parcours balisé, le fait de concentrer les faits principaux est un autre moyen de maximiser la diffusion du message ou de l'information.

Cela est rabâché, mais les nouvelles technologies et la frénésie de notre rythme contemporain nous conditionnent à zapper. Il est de plus en plus difficile de rester concentré : un tiers des lecteurs d'articles de blog ne dépasserait pas les 15 secondes d'attention. (Qui me dit d'ailleurs que vous êtes encore là, au bout de 3 minutes pour lire cet aparté ?) Les articles des journaux en ligne excèdent rarement, quant à eux, les quelques minutes de lecture présumée.

L'idéal est donc d'essayer de rassembler le plus subtilement possible les « 5W » en début d'article. C'est là, dans la recherche de fluidité en dépit de la contrainte, que la notion de style peut intervenir. Le style n'a rien de gratuit, il doit toujours servir l'information.

 

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