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Le frigo est plein

Moroccovid-19 | Oumria – Marrakech

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© Oumria

📌 Publications non-alignées (PNA) 

Moroccovid-19 est un projet de recueil de témoignages de Marocains en cette période d'épidémie mondiale. Certains sont confinés, d'autres non, mais tous confient une tranche de leur vie, en mots et en images.

« Je m’appelle Oumria, j’ai 27 ans, j’habite à Marrakech, exactement à Massira 1, un quartier populaire. Je vis avec mon mari et mon fils. Moi, je suis confinée. » La jeune femme passe une grande partie de son temps à préparer les repas, « soit plus de la moitié de ma journée dans la cuisine, et, bien sûr, je m’occupe de mon fils. Je ne fais "que" ces deux choses », s’excuse-t-elle presque. « J’ai été fleuriste, mais j’ai démissionné il y a plus d’un an, donc bien avant le coronavirus. Pour l’instant je suis femme au foyer. » 

D’un côté, la situation actuelle l’effraie beaucoup. « Je crois que tout le monde ressent ça car on n’a pas l’habitude d’être enfermés, isolés des autres et aussi parce qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer. On ne sait pas quand ce virus prendra fin*. C’est ça le pire. » De l'autre, elle n’a pas changé grand-chose à son quotidien, dont elle apprécie la tranquillité. « Pour l’instant je ne m’ennuie pas. Parfois, j’aimerais bien sortir avec mon fils, me changer les idées, mais si je reste ici à l’intérieur, il n’y a pas de mal. À la maison, je n’ai pas de règle, je dors, je mange quand je veux. J’ai tellement eu d’obstacles et de pression dans la vie, que maintenant que je ne travaille plus, c’est comme si je me reposais. Je suis tranquille, mon mari aussi, c’est tout ce que je veux. »

Idem pour les aspects financiers : « Mon mari touche toujours le même salaire. Pour nous, l’état est assez stable, Hamdullah ! Pour le ftour** on a tout ce qu’il nous faut sur la table, même avec le confinement. »

Au péage autoroutier, transaction = désinfection

L'époux d'Oumria est obligé de sortir chaque jour de l’appartement pour rejoindre sa guérite au péage autoroutier. « Quand il quitte la maison j’ai vraiment peur pour lui, même s’il a toutes les protections qu’il lui faut, Hamdullah ! » 

La jeune femme relate que la société pour laquelle il travaille a fourni à son personnel des produits spéciaux pour aseptiser les cabines. « Au début de son service, il prend dix à quinze minutes pour tout nettoyer : chaise, table, même par terre, pour être sûr que tout est bien stérile. Il garde le masque sur le nez tout au long de sa journée ». En revanche, il est peu aisé de manipuler l’argent liquide avec des gants. « J’ai essayé à la maison, c’est vraiment pas facile ! » Son mari prend donc l’argent à mains nues. « Il se les désinfecte après chaque transaction, il se les lave aussi à chaque fois qu’il doit toucher autre chose que de l’argent ». Mais de toute façon, avec le confinement, le trafic est calme. « Peu de gens prennent l’autoroute, ce sont surtout des chauffeurs routiers qui rapportent les légumes, les fruits, les poissons. » 

Jad le danseur

Le petit frère d’Oumria, âgé d’une douzaine d’années, vit actuellement avec la petite famille. C’était déjà le cas avant l’épidémie de covid-19 lorsque leur mère travaillait et ne pouvait pas s’en occuper. « Pour le confinement, il est obligé de rester chez moi car on a la wifi. Il s’en sert pour faire ses devoirs car les études continuent à distance. Il n’a pas quitté la maison depuis le début. »

Leur maman, justement, a préféré rester vivre chez elle, en dépit des propositions de sa fille, surtout pour la période du Ramadan. « Elle sort une fois tous les deux jours pour acheter ce dont elle a besoin, avec le papier signé par le moqqadem***. Comme elle n’habite pas loin, elle en profite pour nous faire coucou par la fenêtre. Elle reste en bas et on discute un peu par téléphone. »

Même son fils, Jad, bientôt 2 ans, a fini par prendre son mal en patience ! « J’essaye de lui faire faire plusieurs activités pour ne pas qu’il s’ennuie », mais « au début, c’était difficile, il avait vraiment envie de sortir. Il frappait la porte en criant "da, da !", ça veut dire "va, va !". Maintenant il s’est un peu calmé. On a trouvé un autre moyen pour l’aider à dégager son énergie : il adore la danse ! Du coup, toute la journée on allume toute sorte de musique et lui danse non-stop. »

 

*Ce témoignage a été recueilli avant la prolongation du confinement au Maroc, donc avant le 20 mai.

**Moment de la rupture du jeûne durant le Ramadan.

*** Représentant de l'autorité administrative pour un ou plusieurs quartiers.

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